A la recherche d'idées!

A la recherche d'idées!
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Encore une petite chose,
je n'ai pas réussi à trouver un titre à ce roman,
je me suis pourtant bien creusée la tête mais rien à faire.
Alors si quelques idées de titres passent par la vôtre,
n'hésitez pas à me faire des suggestions !
Là encore c'est une véritable demande de ma part.

Merci d'avance pour vos "migraines" (lol).

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# Posté le jeudi 07 décembre 2006 12:10

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 12:41

Prologue

Prologue
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Prologue



Lunaé était accoudée sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. Quelques instants plus tôt la nuit noire avait lentement envahi le paysage de la ville et tatoué son ombre et son identité sur les murs des immeubles et dans les rues. Les lucioles de la ville étincelaient déjà telles des dizaines de petites étoiles pour lutter contre cette obscurité totale qui semblait vouloir envahir chaque parcelle de surface visible. Elles brillaient et scintillaient pour rassurer tous les petits enfants qui à présent dormaient mais risquaient à tout moment de s'éveiller à cause d'un rêve ou d'un cauchemar. Elles étaient là aussi pour raccompagner tous ces voyageurs de la nuit qui n'avaient pas encore pu rentrer chez eux et qui étaient enfin sur le chemin de leur maison.


Les yeux encore humides, Lunaé regardait la lune, reine de la nuit, qui ce soir-là comme pour la consoler, se présentait à elle, pleine et ronde, telle une comédienne. Elle était si proche de la terre qu'en tendant la main Lunaé aurait presque pu la toucher si elle avait pu se trouver tout là-bas, sur le toit de cet immeuble qui semblait marquer les frontières de la ville. Bientôt, cette lune sacrée allait s'allonger elle aussi, comme pour se reposer, là-bas, au loin, sur le dernier toit avant le ciel et cela juste avant de disparaître, telle une magicienne, derrière les hauts murs de l'horizon, de la même manière qu'elle était apparue.


Lunaé avait mal. Ce n'était pas une douleur physique qu'elle ressentait mais elle n'aurait pas été capable de dire où est-ce qu'elle souffrait ni ce qui la faisait souffrir si on le lui avait demandé, elle ne le savait pas, elle ne le savait plus. Ses larmes avaient longtemps coulé le long de ses joues puis elles s'étaient tout de même arrêtées sans pour autant l'avoir soulagée. Alors elles s'étaient de nouveau mises à couler, sans doute que toute sa peine ne s'était pas encore évacuée. Puis elle avait enfin réussi à se calmer. En effet elle s'était mise à rêver et en avait oublié pour quelques secondes, comme si elle s'était retrouvée tout à coup hors du temps et de la réalité, les raisons pour lesquelles elle s'était mise à pleurer et ce qui avait bien pu se passer pour lui faire tant de peine. Mais déjà le rêve qui l'avait soulagée disparaissait en milliers de petites parcelles et le souvenir, même s'il restait présent, devenait de plus en plus flou. Cependant, n'y avait-il eu ne serait-ce qu'une seule seconde où le rêve avait réellement été net ? En tout cas elle ne s'en souvenait d'aucune et alors que la réalité réapparaissait brutalement autour d'elle, la douleur qu'elle ressentait avant qu'elle n'entre dans ce rêve l'envahissait de nouveau. Et la douleur quant à elle, ne revint pas seule. Avec elle revinrent tous les évènements désagréables de la journée, tous, jusqu'au moment où elle s'était enfermée dans sa chambre pour retrouver sa solitude. Solitude qui la fait encore tellement souffrir mais lui permet également de laisser sortir toutes les contrariétés d'une journée difficile, en employant l'aide des larmes s'il le faut mais plus encore celle des rêves éveillés.




# Posté le jeudi 07 décembre 2006 12:19

Modifié le lundi 18 décembre 2006 04:50

Chapitre 1

Chapitre 1
I

Dès les premières lueurs de l'aube, la journée avait mal commencé. Je ne m'étais pas aperçue que le son du radio réveil n'était pas suffisamment fort pour que je puisse l'entendre. Sans doute que la petite roue qui permettait de régler le volume du son avait dû tourner dans le mauvais sens sans que je ne m'en rende compte mais avec tout ce qu'il y avait encore sur ma table de nuit, ce n'était pas si surprenant qu'une telle chose soit survenue. Cependant je m'étais éveillée comme si un petit réveil invisible et muet et qui retardait d'environ une heure, m'avait gentiment prévenue qu'il était temps de me lever. Lentement je m'étais étirée et avais jeté un coup d'½il en direction de l'heure, je désirais savoir combien de temps il me restait encore pour profiter de ma couette épaisse et chaude, que je n'avais pas du tout envie de quitter.

À peine avais-je posé le regard sur le réveil que je sursautai et me retrouvai assise sur mon lit avant même d'avoir eu le temps d'en émettre l'idée.

— Mince ! Il est sept heures et demie ! m'écriai-je en me levant précipitamment.

En effet il était sept heures et demie et je commençais les cours à huit heures. Heureusement je n'habitais qu'à un quart d'heure de mon lycée, en me dépêchant un peu je réussirais peut-être à arriver à l'heure mais je n'avais que quinze minutes pour me préparer.

Je pris les premiers vêtements qui me tombèrent sous la main et les enfilai. Ensuite je fis un rapide passage par la salle de bain et l'étape suivante fut la cuisine. Enfin je repassai par la case départ, direction ma chambre. J'enfilai en vitesse une paire de chaussettes ainsi que mes chaussures de skate et consultai mon emploi du temps afin de savoir quelles affaires je devais emmener pour la journée. Aujourd'hui j'avais deux heures de sciences de la vie et de la terre (appelées aussi SVT) suivies de deux heures de mathématiques puis dans l'après-midi, une heure d'espagnol et deux heures d'histoire/géographie. Je rassemblai rapidement trousse, classeurs, livres et cahiers et mis le tout dans mon sac à dos. Enfin je saisis ma veste sans prendre le temps de l'enfiler et sortis immédiatement de l'appartement. Il était sept heures quarante-huit, je n'avais plus le temps, je devais partir.




Alors que j'arrivais dans la cour, celle-ci était déjà quasiment vide. Seuls quelques élèves également retardataires pressaient le pas afin de ne pas arriver trop en retard. Mais il n'était que huit heures trois, peut-être que les élèves de ma classe n'étaient pas encore rentrés en cours ! Je me dirigeai d'un pas décidé vers le bâtiment des sciences et y pénetrai sans tarder mais le couloir était vide, ils étaient entrés. Je n'avais pas de chance car en général ce professeur arrivait souvent en retard. Après un long soupir, je cherchai la bonne salle, frappai à la porte et entrai.

— Excusez-moi je suis désolée, dis-je au professeur.

Celui-ci m'adressa un regard mais ne prit pas la peine de me répondre. Je me dirigeai vers une place libre et m'y installai, mes camarades n'avaient même pas encore fini de sortir leurs affaires. J'en fis de même et sortis ma trousse, mon classeur et mon livre d'SVT. Ces deux premières heures s'annonçaient longues mais je n'avais pas le choix, pas plus que les autres.

À peine avais-je posé mes affaires sur la table que mon esprit s'échappa de cette salle de cours, je rêvassais et cela tout en laissant glisser mon crayon sur ma feuille de papier. Mon tracé laissait apparaître de petits dessins étranges qui ne représentaient rien de figuratif et n'étaient pas le témoignage d'une personne douée en dessin.

— Malu émile

« Ce que j'aimerais être ailleurs qu'ici » pensai-je.

— Pastan Pierre

« Oh ! »

— Raré Lu-na-é

« Ce qu'il me tarde que la journée soit finie »

Il me sembla tout à coup que quelqu'un avait prononcé mon nom.

— Raré Lu-na-é, répéta le professeur.

— Je suis là mais mon prénom se prononce Lounaé et non Lu-na-é.

— Lou-na-é, dit une nouvelle fois le professeur.

Cela faisait bien une dizaine de fois que je rappelais à ce professeur de quelle manière il fallait prononcer mon prénom mais celui-ci ne semblait pas réussir à s'en souvenir.

Une fois l'appel fini il annonça :

— Très bien, à présent je vais vous rendre vos contrôles mais je vous anonce tout de suite que cela n'a pas été très brillant.

« Oui, mais est-ce qu'un contrôle de bio a-t-il déjà été brillant ? » pensai-je ironiquement.

Je redoutais énormément la distribution de ces devoirs. Bien que j'aie beaucoup travaillé je savais déjà que je n'avais pas réussi le contrôle. D'ailleurs je n'aimais pas cette matière où il fallait tout apprendre par c½ur, il n'y avait que cela, que de longues listes d'informations à apprendre par c½ur. Quant aux exercices, à première vue cela avait l'air facile mais lorsque l'on tentait de les résoudre, l'on ne comprenait jamais vraiment les questions telles que l'on nous les posait et par conséquent nos réponses étaient toujours à côté de la plaque.

Le professeur déposa ma copie sur mon bureau. Neuf, puis-je lire en haut de la feuille. Bon, ce n'était pas une note extraordinaire mais elle n'était pas non plus catastrophique. Il suffisait que je réussisse à obtenir onze au prochain contrôle, ce qui me paraissait quasiment impossible et j'aurais la moyenne.

Une fois la distribution des copies terminée, le professeur fit la correction puis continua son cours jusqu'à neuf heures cinquante-cinq, heure à laquelle la cloche sonnait pour symboliser le début de la récréation.

Je rassemblai et rangeai mes affaires dans mon sac et sortis du bâtiment des sciences. Une fois dehors, je me dirigeais vers le préau dont l'emplacement se trouvait juste au dessous du bâtiment des lettres et des mathématiques. J'allais y rejoindre ma meilleure amie Colline. Nous avions toutes les deux l'habitude de nous retrouver à cet endroit durant les pauses de dix heures et de quinze heures trente depuis que nous n'étions plus dans la même classe, c'est à dire depuis le début de l'année. Nous étions toutes deux en classe de première mais Colline avait choisi une filière littéraire et moi une filière scientifique. Cependant dès que nous n'étions plus en cours nous passions tout notre temps libre ensemble, à tel point qu'il arrivait souvent que l'on nous demande si nous n'étions pas s½urs. Pourtant nous ne nous ressemblions pas vraiment. Alors que j'étais petite, avais des cheveux châtains foncés, des yeux verts et la peau légèrement mate, Colline quant à elle était grande, avait des cheveux bruns, des yeux gris et la peau très claire. Ainsi, si l'on nous prenait pour des s½urs, c'était probablement à cause de l'entente qui régnait entre nous. Nous étions amies depuis cinq ans et avions toujours été dans la même classe jusqu'à cette année.

Quand je parvins sous le préau, Colline était déjà assise contre l'un des piliers du bâtiment.

— Salut ! dis-je en m'asseyant auprès d'elle.

— Salut ! répondit-elle alors qu'elle semblait chercher quelqu'un parmi la foule des autres élèves.

— Tu cherches quelqu'un ?

— Oui, j'ai croisé un garçon très mignon toute à l'heure mais je l'ai perdu de vue, je ne le vois plus.

— Ah bon ! Il faudra que tu me le montres quand tu l'auras retrouvé.

Puis nous nous étions mises à discuter de choses diverses et la cloche signalant la fin de la récréation avait fini par retentir. Toutes deux nous étions alors levées avant de monter les escaliers du bâtiment des lettres et des mathématiques. J'avais interrompu mon ascension au premier étage où étaient donnés les cours de mathématiques alors que Colline quant à elle avait poursuivi la sienne jusqu'au troisième étage, celui des langues.

Le cours ne fut pas plus brillant que celui d'SVT. En effet, le professeur avait également commencé son cours en distribuant les devoirs que nous avions faits la semaine précédente. J'eus neuf une nouvelle fois et à l'image des notes que je venais d'obtenir, ma journée s'annonçait de la même couleur, grise. Et pour ne rien arranger, je m'imaginais déjà la réaction de mon père lorsqu'il apprendrait que j'avais eu neuf en mathématiques. À cette pensée mon moral ne s'améliora pas et cela ne facilita pas la compréhension du cours qui suivit.




Colline et moi nous retrouvâmes par la suite pour déjeuner ensemble avant d'aller suivre chacune de notre côté nos cours de l'après-midi. Puis ce n'est qu'après une heure d'espagnol puis une première heure d'histoire, matière qui pour moi était semblable aux sciences de la vie et de la terre, que la cloche retentit enfin pour signaler la récréation de l'après-midi. Je ne pris alors que ma veste et descendis jusqu'en bas des escaliers. Cependant, à peine avais-je posé le pied sur le sol de la cour, que je levai le regard et vis à quelques mètres de moi un garçon que je n'avais jamais vu jusqu'à ce jour. Il eut l'effet de me clouer sur place, malgré moi, en bas des escaliers durant quelques secondes.

Quand je sortis enfin de ma stupeur, je me dirigeai vers le pilier où j'avais l'habitude de retrouver Colline, m'assis et continuai à observer le jeune homme.

Quand j'étais passée près de lui j'avais pu remarquer qu'il avait de magnifiques yeux bleus. À présent que je l'observais de loin je pus me rendre compte qu'il ne semblait pas particulièrement grand, non, il devait avoir une taille moyenne. Ses cheveux châtains étaient coiffés en pics et c'était un skateur, il n'y avait aucun doute là-dessus, son baggy bien large et son T-shirt à manches courtes superposé sur un T-shirt aux manches plus longues en étaient la preuve. Mais ce qui m'avait le plus surpris quand je l'avais aperçu, c'était sans aucun doute son visage, un véritable visage d'ange, un visage dont le poids des années n'avait pas encore endurci les traits enfantins. C'était rare de croiser un tel visage, d'habitude je ne les apercevais que dans les films et les séries télévisées.

C'est alors que Colline s'assit auprès de moi, je ne l'avais même pas vu approcher.

— C'est le garçon là-bas, le skateur avec les cheveux coiffés en pics, dont je te parlais toute à l'heure.

Je ne répondis pas, nous avions toutes les deux craqué sur le même garçon. Cela n'arrivait pourtant jamais. Quand il était question de garçons, en général nous n'avions pas vraiment les mêmes goûts et pourtant celui-ci faisait exception à la règle et ce n'était pas une situation facile.

— Il me plaît aussi, finis-je par dire.

Colline ne réagit pas. Les conversations changèrent de sujet et cela jusqu'à ce que la cloche sonne et que nous allions suivre notre dernière heure de cours.

La dernière heure d'histoire fut très longue et provoqua chez moi une fatigue dont seul l'ennui en était la cause. Ainsi, lorsque la cloche avait enfin retenti pour signaler la fin des cours, je m'étais sentie soulagée, cette journée était enfin terminée. Cependant, je ne savais pas encore ce qui m'attendait.

J'attendis Colline en bas des escaliers et nous échangeâmes quelques mots avant de partir chacune de notre côté. Colline allait vers le sud et passait par l'entrée principale du lycée alors que je me dirigeais vers le nord et longeais un petit canal recouvert qui traversait une partie de la ville de Marseille. Il conduisait à une sortie qui était symbolisée par un trou aménagé dans un mur. J'avais l'habitude de longer ce chemin car j'étais depuis longtemps dans ce double établissement, qui comprenait du côté gauche d'une grande allée un collège et du côté droit de cette même allée un lycée. Bien sûr, j'avais commencé par en fréquenter le collège mais à cette époque-là, aucune grille de fer n'empêchait encore de passer du collège à ce fameux mur. Par conséquent, le trajet à effectuer pour aller en cours était beaucoup plus rapide. Puis vers la fin de mes années de collège, pour une raison plus ou moins inconnue, la ville avait pris la décision d'installer un grillage de part et d'autre du canal. À présent, l'on n'avait plus d'autre choix que de faire le tour et de passer par ce petit canal que l'on pouvait rejoindre en montant la grande allée qui séparait le collège du lycée. Mais cela n'était pas vraiment pratique quand il s'agissait de gagner du temps les jours où le réveil ne s'était pas décidé à sonner.

Cependant, la plupart du temps, le grillage comportait un trou. Personne ne savait qui l'avait fait et ceux qui le savaient devaient sans doute l'oublier aussitôt qu'ils l'apprenaient. Il permettait de passer directement du collège à la sortie emménagée dans le mur, comme si ce grillage n'avait jamais existé. Et lorsque la ville le refermait, personne ne savait comment mais il ne tardait jamais à réapparaître comme par magie. Lorsque j'étais encore au collège, les fois où il n'y avait pas de trou, il m'était bien souvent arrivé de jouer à l'aventurière et cela comme un bon nombre de mes camarades. En effet, à cette époque-là, je n'hésitais pas longtemps quand il s'agissait d'escalader le grillage en s'aidant du mur jusqu'auquel il parvenait. Puis avec les années je m'en étais lassée et préférais à présent faire le tour.

Mais ce qui m'attristait le plus, c'était que cet établissement, la cité mixte Marseilleveyre, était réellement hors du commun en raison de son implantation au beau milieu d'un magnifique parc de pins qui montaient jusqu'en haut de la colline. À présent avec toutes ses grilles de fer, il ressemblait à une prison.





Ainsi, aujourd'hui comme les autres jours, je suivis le petit canal puis passai par le trou dans le mur. À cet instant précis, il n'y avait pas de trou dans le grillage mais cela n'allait sans doute pas tarder.

Lorsque j'arrivai chez moi je saluai mon père qui à cette heure de la journée était toujours là puis regagnai aussitôt ma chambre, mon domaine. À peine entrée, je posai mon sac sur le sol et me laissai tomber sur mon lit. Que voulez-vous que j'aie envie de faire d'autre après une telle journée ? Les jours pleins d'ennui suppriment bien souvent toute envie une fois qu'ils sont terminés.

À dix-neuf heures vingt-cinq, j'entendis mon père m'appeler pour que je vienne mettre la table. Je ne tardai que quelques minutes avant d'apparaître dans la cuisine. Je rassemblai couverts, boissons et sauces et ordonnai le tout sur la table de la salle à manger. Puis une fois la table mise, je me dirigeai vers le canapé et consultai le programme de télévision alors que mon père arrivait déjà avec les plats contenant le repas. Mais ce soir l'artifice de la télévision n'était pas bien brillant, rien ne me tentait. Je me mis à table et nous commençâmes le dîner. Et ce n'est que durant les publicités situées juste avant les informations de vingt heures que mon père me demanda :

— Alors, comment est-ce que cela s'est passé à l'école aujourd'hui ?

— Ça va, comme d'habitude, répondis-je sans grand enthousiasme.

— Tu n'as pas eu de nouvelles notes ?

— Si, j'ai eu neuf en math.

Pas la peine de lui préciser que j'avais également eu neuf en SVT, mon père ne me l'aurait pas demandé. De toute manière, il aurait voulu que je prenne une autre option que l'SVT; les Sciences de l'Ingénieur.

— Quoi ! Et bien tu vois, si tu venais me voir comme je te le demande souvent pour qu'on travaille les math, je te promets que tu aurais toujours dix-huit ! Mais tu ne viens jamais ! Je te propose de t'aider et toi tu ne veux pas !

Je savais bien que cela ne servait à rien. Au contraire, bien souvent j'avais essayé de travailler les math avec mon père et cela se terminait toujours par des larmes. Croyait-il vraiment que cela pourrait un jour m'être bénéfique ces cours de math ?

— Et puis si tu as une mention au bac, tu n'auras pas de problèmes, toutes les grandes écoles t'accepteront ! Tu pourras rentrer à l'ENA ou dans une école d'ingénieurs si tu veux !

Croyait-il vraiment que je voulais devenir ingénieur ou politicienne ? Jamais de la vie. Je préférais encore passer toute ma vie chez mes parents et avec ma personnalité indépendante, ce n'était pas peu dire.

Cette ambiance de tension commençait à devenir de plus en plus difficile à gérer. Mais dans un peu plus d'un an et demi, si tout allait bien, ce qui n'allait pas être facile, j'aurais mon bac et je pourrais enfin aller vivre dans mon propre chez moi. Encore un an et demi, cela me paraissait encore si loin.

— J'aimerais que tu viennes travailler avec moi ! dit mon père sur un ton qui ne laissait pas penser que j'avais réellement le choix.

« Tu aimerais ou tu veux ? » lui demandai-je intérieurement.

— Écoute papa, on a déjà essayé bien souvent et tu vois bien que l'on n'y arrive pas. Alors arrêtons là, ce n'est pas la peine de continuer, cela rend les choses encore pires.

Mon père s'emporta :

— C'est toi qui ne veux pas ! Moi je passe des heures et des heures à te préparer des cours et des exercices de math et de physique, et toi tu ne veux pas ! Mais tu n'es qu'une conne ! C'est cela, tu n'es qu'une conne ! Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as ! À ton âge j'aurais bien aimé que l'on m'aide ! Mais il n'y avait personne !

Je me demandais intérieurement s'il se rendait compte de la manière dont il venait de me traiter alors que les larmes commençaient à perler au coin de mes yeux. Je doutais que mon père aurait réellement apprécié l'aide de son propre père lorsqu'il était jeune. Je savais que dès qu'il revenait de pension il allait vivre chez ses copains et ne restait pas avec ses parents.

A présent des larmes coulaient sur mes joues. Je me levai et regagnai ma chambre tandis que j'entendais mon père me dire :

— Lunaé, il ne faut pas pleurer, je ne veux pas que tu pleures. Lunaé, arrête de pleurer, retiens-toi.

Comme si l'on pouvait se retenir de pleurer.






Alors qu'elle était allongée sur son lit, des sanglots la parcouraient dans tout le corps. Elle n'en pouvait plus, elle en avait marre. Elle voulait partir, s'en aller. Où ? Ailleurs. Elle pleura jusqu'à ce que tous les sanglots de son corps se soient évacués. Mais à chaque fois qu'elle essayait de se calmer, elle repensait à sa conversation avec son père et les sanglots reprenaient de plus belle.

Ainsi, les yeux encore rougis par la rosée de son c½ur, Lunaé laissait flotter son regard dans le vague vers un point fixe qu'elle ne voyait pas. Elle ne pleurait plus. Son visage était sans expression. Ni le signe de la colère froncé entre ses sourcils, ni celui de la peine visible sur sa bouche ou au coin de ses yeux, ne montraient le bout de leur nez pour laisser apparaître ce qu'elle ressentait. Son visage était tellement sans expression qu'il n'en devenait que plus triste et couvert de souffrance. Mais tout à coup son regard resté inchangé jusqu'alors prit légèrement une autre direction. Elle fixait à présent un point de la fenêtre, un point qui était bien plus éloigné que le double vitrage qui la séparait de la fraîcheur de la nuit. Et pourtant, ce point qui resplendissait au milieu du noir attirait à présent son regard sans qu'elle ne puisse plus sans détacher. Elle se leva lentement comme si elle était sous son emprise. Puis elle se rapprocha de la fenêtre, l'ouvrit et laissa ainsi pénétrer la nuit dans sa chambre.


Lunaé était accoudée sur le rebord de la fenêtre. Elle regardait la lune, l'oublia puis se mit à rêver.




# Posté le jeudi 14 décembre 2006 12:35

Modifié le vendredi 22 décembre 2006 16:48

Chapitre 2

Chapitre 2
II

Lunaé s'éveilla au doux son du radio réveil. Elle s'étira lentement, elle était paisible et elle resta longtemps pelotonnée sous sa couette car elle n'avait pas envie d'affronter la fraîcheur de l'air. Or elle avait le temps, elle n'était pas pressée, elle pouvait en profiter encore un peu. Et ce n'est qu'une fois seulement après avoir pensé à toutes les choses qu'elle avait envie de faire avant d'aller au lycée, qu'elle se décida enfin à se lever. Elle voulait commencer par déguster un bon petit déjeuner accompagné de clips télévisés ou d'une musique qu'elle aimait. Ensuite elle se préparerait tranquillement, mais sans trop traîner non plus, car elle voulait qu'il lui reste un peu de temps pour poursuivre son projet personnel. Ce projet, elle n'en avait parlé à personne, même pas à Colline. C'était son projet, il était important pour elle et elle ne voulait pas subir d'influence extérieure, en tout cas, pas avant de l'avoir terminé.

Son secret était précieusement gardé par les lourdes pages d'un magnifique livre blanc. Ce n'était pas un livre puisque ses pages, avant qu'elle ne commence son projet, étaient entièrement vierges, entièrement blanches. Cependant, malgré cela, ses cahiers reliés et cousus et surtout sa magnifique couverture à l'ancienne, le rendaient digne de porter le nom de livre ou tout du moins celui de manuscrit.

Ainsi, après avoir pris son petit déjeuné et s'être préparée, Lunaé prit son livre blanc et y déposa sur les pages blanches des inscriptions dont elle seule connaissait le contenu. Son écriture était régulièrement interrompue par des pauses, des réflexions, des rêveries. Et par moment, alors qu'elle semblait réfléchir, ses doigts se posaient et se promenaient les uns après les autres sur le classeur qui lui servait de table.

Quand l'heure fut venue de se rendre au lycée, elle le rangea soigneusement au fond du dernier tiroir de son bureau, à l'intérieur de l'un des ses classeurs de cours des années précédentes. Il y avait peu de chances pour que son père ouvre et fouille dans ses tiroirs mais l'on ne savait jamais. Ensuite elle prépara son sac et se rendit au lycée.




Durant les heures d'SVT et de mathématiques les cours ne furent pas passionnants mais rien non plus de particulièrement désagréable à signaler, pas de notes, pas de contrôles. Lunaé avait passé la récrée de la matinée à discuter avec Colline puis à midi elles s'étaient de nouveau retrouvées pour aller déjeuner ensemble. Ensuite elles s'étaient une nouvelle fois séparées pour aller suivre leurs cours de l'après-midi et durant l'heure d'espagnol la prof avait rendu un contrôle à Lunaé où elle eut seize, cela la mit de bonne humeur. Enfin elle avait un cours d'histoire/géographie, là aussi rien de passionnant mais rien de désagréable non plus.

Après la première heure elle descendit dans la cour pour la récrée de l'après-midi. Cependant, à peine avait-elle posé un pied sur le sol qu'elle leva les yeux comme si un ensorcellement l'y avait forcée. Son regard plongea alors dans celui incroyablement bleu et profond d'un jeune homme inconnu. Avant même de l'avoir vu elle s'était sentie attirée par ce jeune homme et à présent rien ne pouvait plus l'obliger à détourner le regard du sien. Ils s'approchèrent lentement l'un de l'autre, les yeux dans le vague, la bouche légèrement entrouverte. Pas besoin de se parler, juste se regarder. C'est alors qu'après un temps qui ne leur avait semblé ne durer que quelques secondes, qu'un son étrange leur parvint. Ils finirent par le reconnaître, c'était cette satanée cloche qui leur rappelait qu'il était temps de revenir dans le monde réel et d'aller suivre chacun de leur côté leur dernière heure de cours. Remarquant que ni l'un ni l'autre ne réussissait à réagir, il prit sa main dans la sienne et l'attira doucement vers les étages. Arrivé au premier il réussit à prononcer trois mots sur un ton qui symbolisait l'espoir.

— On se reverra.

Il la regarda encore quelques secondes et prit la décision qu'elle ne prenait pas, celle de s'éloigner et de passer la porte du premier étage pour rejoindre sa salle de cours.

Après quelques secondes Lunaé réussit enfin à sortir un peu de son état second et à monter les escaliers pour suivre sa dernière heure de cours durant laquelle elle resta dans un état étrange jusqu'à la fin. D'ailleurs, elle y resta jusqu'à la fin de la soirée.




En rentrant elle salua son père comme d'habitude puis se précipita dans sa chambre pour éviter qu'il ne se rende compte qu'elle n'était pas tout à fait dans son état normal. Pendant le repas il lui demanda si elle n'avait pas eu de notes aujourd'hui, elle lui répondit qu'elle avait eu seize en espagnol.

— Pas de notes en math ou en physique ?

— Non, aucune.

Il sembla qu'elle avait réussi à cacher ses émotions car son père ne lui fit aucunement remarquer un quelconque changement dans son comportement durant toute la durée du repas. Une fois celui-ci terminé, elle retourna dans sa chambre et passa les deux heures qui suivirent à inscrire des mots dans son manuscrit. C'était pourtant étrange car il semblait que depuis qu'elle l'ait ouvert, elle n'ait plus tourné une seule de ses pages.

À vingt-deux heures quinze elle le referma, le rangea à sa place et alla souhaiter bonne nuit à son père. C'est alors qu'en revenant dans sa chambre son regard fut attiré par un point de la fenêtre, un point qui resplendissait au milieu du noir, la lune.

Et c'est à cet instant précis que tout s'écroula autour d'elle. Elle revenait peu à peu dans la réalité et le rêve s'échappait alors que tous les souvenirs désagréables de la journée réapparaissaient dans son esprit et régnaient dans ses pensées. Rien ne pouvait plus lui permettre de les extraire de sa tête. La seule solution qui restait à sa portée n'était autre que celle de s'endormir le plus rapidement possible, pour ne plus penser, en tout cas plus en en ayant conscience.




# Posté le jeudi 21 décembre 2006 15:00

Modifié le jeudi 28 décembre 2006 13:08

Chapitre 3

Chapitre 3
III

Je venais de me réveiller au son musical du radio réveil. Cette fois-ci je l'avais entendu mais je n'avais pas été soustraite d'un sommeil de rêves. Comme la plupart du temps, je ne me souvenais pas des rêves que j'avais sans doute faits pendant la nuit. C'était rare que je m'en souvienne d'ailleurs. Cela m'arrivait lorsque je rêvais mais que j'étais dans une phase de réveil, ma conscience dormait encore mais mon corps lui commençait à s'éveiller. Pourtant j'aurais tant aimé me souvenir plus souvent de mes rêves, c'est tellement intense un rêve, tellement vivant. Alors j'avais trouvé le moyen de combler ce manque de rêves nocturnes par une quantité incroyable de rêves éveillés durant la journée. Certains d'entre eux pouvaient être intenses mais contrairement à mes quelques rêves nocturnes, tous mes rêves éveillés étaient toujours contrôlés, c'était toujours moi qui les créais et cela les rendait forcément moins forts. Ainsi, si mes rêves éveillés étaient les témoins de mes désirs conscients, mes rêves nocturnes étaient les témoins de mes désirs ainsi que de mes craintes quant à eux inconscients, et cela faisait tout de même une différence loin d'être négligeable.




Comme chaque matin, après m'être levée, préparée et avoir pris mon petit déjeuner, je partis au lycée suivre mes cours de la journée. Je me languissais de revoir le jeune homme de la veille même si je savais déjà comment cela allait se passer. Cependant l'important pour moi, c'était qu'à présent j'avais une bonne raison d'avoir envie de venir au lycée. À chaque récrée je pourrais le voir et chaque entrevue nourrirait un peu plus les rêves éveillés que je faisais déjà et ferais encore à son sujet.

Tout le long du trajet pour me rendre en cours, un léger sourire se dessinait sur mes lèvres alors que je songeais au jeune homme au visage d'ange. D'ailleurs les personnes que je croisais sur mon chemin devaient sans doute se demander ce qui pouvait bien me faire sourire ainsi. Je pouvais leur répondre si elles le désiraient vraiment. Ce qui me faisait sourire, c'était l'espoir, l'espoir que ma vie soit différente, bouleversée par l'apparition d'un jeune homme inconnu et mystérieux.

Je fus obligée de cesser ma rêverie quand je me rendis compte que j'étais assise à ma place dans le cours d'anglais. Puis après de nombreuses minutes, la cloche finit enfin par sonner. Je rangeai alors mes affaires en cinquième vitesse et me dirigeai vers la sortie. Je suivis le long couloir qui conduisait aux escaliers et lorsque je parvins jusqu'à eux faillis les descendre quatre à quatre mais je réussis tout de même à me retenir d'agir ainsi. J'étais tellement allée vite qu'arrivée en bas il n'y avait encore quasiment personne sous le préau. Je ris de ma précipitation et me dirigeai plus lentement cette fois vers mon pilier habituel pour observer attentivement les élèves qui parvenaient jusqu'en bas des marches. C'est alors qu'il arriva enfin. Non, je ne l'avais pas rêvé, il existait vraiment, pourtant j'en avais douté. Lui aussi descendit les marches mais il le fit quant à lui beaucoup plus calmement. Arrivé en bas, il avança jusqu'à environ mi-chemin entre les escaliers et moi puis se retourna pour observer lui aussi l'arrivée des élèves en récréation. Celui qu'il attendait était un autre skateur qui fut suivi ensuite par toute une bande de «skateurs et de skateuses», si on peut les appeler ainsi. J'étais étonnée qu'il connaisse déjà autant de monde.

Colline arriva parmi les derniers élèves et vint me rejoindre. À présent nous le regardions toutes les deux. Nous devions avoir l'air de fanatiques à le regarder de cette manière mais non, nous étions tout simplement « a-mou-reuses ». Puis Colline se mit à observer les autres membres du groupe qui s'était formé tout autour de lui et son attention s'attarda sur le skateur avec lequel le jeune homme au visage d'ange était en train de discuter. Dés lors, nous ne regardions plus le même garçon, chacune d'entre nous avait choisi celui des deux amis qu'elle préférait mais à présent, ce n'était plus le même.

À la fin de la récréation je passai auprès du jeune homme au visage d'ange et n'oubliai pas de regarder ses beaux yeux bleus. Il surprit mon regard et me le rendit, j'étais aux anges, malheureusement j'étais en train de marcher et me rapprochais irrémédiablement des escaliers. Je ne pouvais pas interrompre mon mouvement, qu'est-ce que Colline aurait pensé et surtout je n'osais pas, j'étais effrayée. Sans doute que ce regard échangé ne signifiait rien et je préférais continuer à espérer qu'il signifie quelque chose pour lui et qu'il ferait le premier pas plutôt que de savoir définitivement que je n'avais et n'aurais jamais aucune chance avec lui. Ne pas savoir me permettait de continuer à rêver, rêves qui pour l'instant étaient bien trop agréables pour que je les laisse déjà disparaître. Mais je savais bien que mes rêves, certes agréables pour l'instant, se montreraient de plus en plus cruels avec le temps, à chaque fois que je reviendrais à la réalité.

Arrivée au premier étage je me dirigeai vers la salle de français. La porte était déjà ouverte, quelques élèves étaient déjà installés et la prof de français était là également. Cependant, contrairement aux cours habituels, elle n'était pas seule, au contraire, elle semblait profondément plongée dans une discussion intense avec un homme d'une quarantaine d'années. Je me demandai qui pouvait bien être cet homme puis passai auprès d'eux sans qu'ils ne s'en aperçoivent et allai m'asseoir près de la fenêtre, au deuxième rang. Une fois que tous les élèves furent installés, tous étrangement silencieux, contrairement à leur habitude, la cloche retentit une seconde fois et la prof de français alla fermer la porte de la classe tandis que l'homme semblait observer un à un chacun des visages des élèves. Il s'interrompit légèrement plus longtemps sur celui de la plus jolie fille de la classe et quand ce fut à mon tour, il m'observa pendant ce qui me sembla durer une éternité. En tout cas, c'est la sensation que j'eus à cet instant précis durant lequel je ne sus plus où me mettre et détournai le regard régulièrement. La prof dut remarquer ma gène puisqu'elle prit alors la parole et commença à présenter son invité et à expliquer les raisons de sa présence. Il s'appelait Max Oliver, prononcé à l'américaine, et était réalisateur. Il était ici tout d'abord pour rechercher de jeunes acteurs âgés de quinze à vingt ans, afin de pouvoir par la suite réaliser un film et cela en partie au sein de notre lycée. La prof interrompit son discours sur ces mots et alors que le silence avait persisté jusqu'alors, un brouhaha de chuchotements se fit entendre à travers la classe. C'est alors qu'il prit la parole.

— Bonjour. Comme votre professeur vous l'a annoncé je suis à la recherche de jeunes acteurs et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui je vais passer dans toutes les classes pour parler du film que je vais réaliser dans votre lycée. Sachez que je cherche des premiers rôles, des seconds rôles mais aussi des figurants. Si cela vous intéresse, vous pouvez déposer ce petit bulletin que je vous distribue, dans la boîte aux lettres qui a été déposée à cet effet devant l'amphithéâtre, en précisant votre nom, votre classe, votre numéro de téléphone et les rôles qui vous intéressent : premier rôle, second rôle ou figurant, sachant que plusieurs possibilités peuvent être sélectionnées. Enfin vous datez, vous signez ainsi que vos parents si vous êtes mineurs. Ensuite une liste sera affichée sur la porte de l'amphithéâtre et cela dès lundi, il faut donc déposer le bulletin au plus tard vendredi à dix-sept heures trente. La liste indiquera le jour et l'heure où vous viendrez passer votre audition. Pour les figurants il n'y a pas de réelle audition à passer, cependant quelle que soit votre demande, rôle ou figuration, vous devrez y emmener une photo d'identité. Tout vous semble clair ou vous avez des questions ?

— Pouvons-nous tous tenter notre chance ? demanda un élève.

— Oui si vous avez entre quinze et vingt ans.

— Et des personnes extérieures au lycée peuvent-elles tenter leur chance elles aussi ?

— Oui si elles respectent les conditions et qu'elles déposent le bulletin rempli dans la boîte aux lettres. Cependant elles devront elles-mêmes ou par votre intermédiaire se renseigner de leurs jour et heure de passage. D'autres questions ?




Après un silence où personne ne posa de question, je levai timidement la main.

— Oui, répondit le réalisateur, un sourire aux lèvres.

— Euh, vous venez de nous annoncer que vous alliez tourner un film dans notre établissement et que vous aviez besoin d'acteurs de notre âge. Mais de quoi parle-t-il ce film ?

Il rit.

— Oui en effet c'est une question qui me semble tout à fait appropriée. Et bien c'est l'histoire d'un professeur de français qui tombe amoureux de l'une de ses élèves et le fait qu'il lui ait donné le rôle principal dans la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette, qu'ils vont jouer à la fin de l'année, ne lui facilite pas les choses pour ne pas penser à elle.

— C'est une histoire qui me plait mais ce n'est pas un peu du déjà vu ?

— Si peut-être mais je suis également l'auteur de ce scénario et il y a des raisons personnelles qui font qu'il me tient particulièrement à c½ur.

Un léger sourire se dessina alors sur mon visage, je comprenais ce qu'il voulait dire.

— Seriez-vous intéressée par le rôle de la jeune fille ? me demanda-t-il alors.

— Et bien, le concept, l'idée et la double histoire d'amour impossible auraient plutôt tendance à m'attirer mais je ne suis pas actrice, je ne pense pas que vous me choisiriez et je ne sais pas non plus si je réussirais à avoir le cran de passer une audition. Cependant, si je ne suis pas une actrice, ce sont les rôles qui sont en moi que j'aimerais jouer. Acceptez-vous que je tente ma chance dès à présent ?

— Et bien je suis un peu surpris mais je vous écoute.




— Hélas ! Ô Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serais plus une Capulet. Ton nom seul est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh ! Sois quelque autre nom ! Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom ; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.




Puis après un long silence :

— Je vous remercie, dit-il, un sourire dans les yeux. Où avez-vous appris cette tirade de Roméo et Juliette ?

— Chez moi, seule.

— Vous aimez leur histoire alors ! Et que pensez-vous du professeur de français qui tombe amoureux de son élève/héroïne ?

— C'est une histoire d'amour impossible, autant que celle de Roméo et Juliette, et le fait qu'elle soit impossible, secrète, interdite, va rendre leur amour encore plus fort. Sans doute que s'ils avaient le droit de s'aimer, ils ne s'aimeraient pas autant. J'aime beaucoup la force des sentiments qui va sans doute les unir.

— Le rôle du professeur de français a-t-il déjà été attribué ? demanda alors une autre élève.

Je fus surprise, car durant quelques instants j'avais totalement oublié tout ce qui se trouvait autour de moi. En effet, pendant que je parlais à cet homme, tout ce qui avait autour avait disparu, les élèves, la prof, la classe, il n'y avait plus que ce réalisateur et moi. Je m'étais intégrée dans une sorte de rêve sans en prendre conscience, c'était la première fois que cela m'arrivait de la sorte.

— Et bien, nous hésitons encore, répondit-il.

— Quels sont les postulants ? demanda la même élève.

— Etant donné que le rôle n'a pas encore été attribué, nous souhaitons attendre de le savoir pour annoncer le nom de l'acteur qui aura le rôle.

Après un court silence il reprit :

— Bien, je vous remercie de m'avoir écouté et si vous pensez avoir des talents de comédiens, n'hésitez pas à mettre votre bulletin dans la boîte aux lettres.

Il remercia la prof d'avoir accepté d'interrompre son cours pour l'accueillir dans sa classe et elle le raccompagna à la sortie. Il n'était plus possible d'entendre ce qu'ils se disaient à présent, cependant je semblais être la seule à être encore intéressée par leur conversation. En effet tous mes camarades étaient en train de discuter entre eux, certains s'imaginant déjà être des stars que tout le monde voudrait rencontrer.

Mais je n'étais déjà plus dans la réalité. Je m'étais évadée dans mes rêves où je tentais d'imaginer quels seraient les acteurs qui auraient les rôles de Roméo et du professeur de français. « Le jeune homme au visage d'ange serait parfait dans le rôle de Roméo » pensai-je, « en tout cas il en a le visage ».

— Lunaé ! Lunaé !

On m'appelait. Et c'est ainsi que je me retrouvai de nouveau assise sur ma chaise dans la classe de français. Tous mes camarades avaient disparu, quant à la prof de français, elle se trouvait à présent juste en face de moi.

— Je suis surprise par ta participation dans ce débat avec ce réalisateur et davantage encore par ton interprétation de Juliette.

— Je le suis aussi, dis-je d'une toute petite voix, gênée.

— Oh mais c'était très bien, ne sois pas gênée. Ecoute, je voulais aussi te faire passer un message de la part du réalisateur. Il aimerait te revoir pour que vous puissiez poursuivre la discussion que vous avez commencée ici mais en privé cette fois. Qu'est-ce que tu en penses ?

Je souris timidement.

— Ce serait avec plaisir, répondis-je, toujours avec ma toute petite voix.

— Peux-tu le rencontrer ce soir à dix-sept heures trente ?

— Oui, il n'y a pas de problème.

— Alors le rendez-vous a lieu devant l'amphithéâtre à dix-sept heures trente, d'accord ?

— D'accord, je vous remercie Madame.

— C'est moi qui te remercie pour ce que tu nous as offert de toi aujourd'hui.

Je souris puis sortis lentement de la classe. J'étais dans un drôle d'état et n'avais aucune envie que qui que ce soit ne m'en sorte, alors je m'assis dans un des renfoncements du couloir qui à cette heure-ci était totalement vide, tous les élèves étant descendus déjeuner ou ayant encore une heure de cours avant de pouvoir aller se restaurer. Les yeux dans le vague, je ne vis même pas que le jeune homme au visage d'ange passa à côté de moi. Quant à lui, il me regarda un court instant mais ne s'attarda pas et poursuivit son chemin.




À la fin de ma journée de cours je me rendis au rendez-vous. Je ne savais pas trop ce que je ressentais, si j'étais heureuse ou malheureuse, si ce rendez-vous m'angoissait ou non. Je me sentais grise, morose, paumée mais je ne ressentais rien de bien précis, tout était incertain.

Arrivée devant la porte de l'amphithéâtre, celle-ci était déjà entrouverte, alors je restai quelques instants immobile devant l'entrée, à regarder les rangées de fauteuils rouges qui se déroulaient devant mes yeux. J'hésitais, je savais que quelque chose en moi risquait de changer si je pénétrais dans cet amphithéâtre. Je repensai alors à toute ma vie jusqu'à ce jour. J'avais passé beaucoup de temps à rêver et c'est l'idéal de ces rêves que j'avais peur de perdre mais jamais je n'avais réalisé l'un d'entre eux. L'occasion se présentait peut-être à moi aujourd'hui, peut-être que si je tentais ma chance je serais déçue, soit de ne pas y arriver soit de ne pas vivre ce que j'espérais. Mais ma peur d'être déçue et de perdre jour après jour de plus en plus d'espoir m'empêchait de vivre, pourtant il ne fallait pas que j'abandonne, il faudrait bien qu'un jour je me mette un peu en danger, que j'essaye vraiment, au moins une fois. Aujourd'hui je m'apprêtais à prendre une décision qui risquait soit de me faire perdre énormément soit au contraire de me donner beaucoup. Il ne fallait pas trop que je réfléchisse, pas trop que je doute, car sinon je finirais par reculer. Je pris donc une grande inspiration et pénétrai dans la salle.

— Je vous en prie, entrez, entendis-je le réalisateur me proposer.

Je lui souris timidement et m'approchai de lui. Je plongeai alors mes yeux verts dans les siens.

— Vouliez-vous me voir ? dis-je d'un ton incertain.

— En effet oui. Je vous avoue que votre personnalité ainsi que votre regard me semblent parfaits pour se glisser dans la peau de mon personnage féminin sans que vous ayez trop à jouer un personnage qui ne vous ressemble pas.

— Vous voulez me donner une chance de l'interpréter, n'est-ce pas ?

— En effet, à condition, même si je pense qu'ils vous plairont, qu'à la fois le rôle et le scénario vous conviennent.

— Et bien je pense qu'ils me plairont mais je ne suis pas sûre du tout d'être capable d'interpréter un rôle, comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas une comédienne. Par contre, je dois vous avouer que je suis assez curieuse quant aux aspects dont vous souhaitez que votre acteur principal soit pourvu.

— Vraiment ?

— Et oui !

— Et bien, il doit évidemment avoir du charme et son regard doit laisser penser qu'il porte une lourde souffrance en lui. Enfin, il doit également avoir l'apparence d'un homme qui a environ trente-cinq ans.

— Pensez-vous avoir trouvé l'acteur auquel vous souhaitez confier le rôle ? Et désolée pour cette question.

Il sourit.

— Comme je l'ai dit à vos camarades justement, je n'ai pas encore la sensation d'avoir trouvé mon personnage principal, non. Mais cela semble avoir une importance particulière pour vous, je me trompe ?

— Non, en effet, dis-je dans un sourire. Je suis désolée de me montrer si curieuse mais si je devais me sentir capable d'interpréter ce rôle et que vous acceptiez de me le confier, il faudrait aussi que je puisse m'imaginer que je suis amoureuse de l'acteur que vous aurez choisi et cela ne me semble pas forcément évident. Et dans le cas où vous ne me choisiriez pas, j'espère juste que je pourrais réussir à me glisser dans la peau de votre héroïne quand je regarderai le film et ainsi que je tomberais moi aussi amoureuse de son professeur de français.

— Je comprends oui, dit-il dans un rire. Et vous pensez à quelqu'un en particulier ?

— Je suis étonnée que vous soyez intéressé par mon avis.

— Et bien quand on est perdu, il vaut mieux parfois savoir demander de l'aide. Et puis, je sens que vous brûlez d'envie de me donner votre avis.

Cela me fit sourire et c'est avec un regard assassin que je lui répondis :

— Vraiment ? ... Oui, j'ai en effet une petite idée. Il s'agit d'un acteur français qui vit et travaille aux Etats-Unis, il s'appelle Michaël Vartan. Vous le connaissez ?

— Non, je ne le connais pas.

— Il joue toutes les semaines le rôle de Michaël dans Alias le jeudi soir. Je pense que vous pourriez si vous le désirez voir à quoi il ressemble et juger de la souffrance de son regard, en regardant cette série jeudi.

— Je le ferai, comptez sur moi.

— Vous n'avez pas changé d'avis, vous voulez toujours me proposer le rôle ?

— Oui bien sûr, pourquoi aurais-je changé d'avis ? Vous semblez beaucoup douter.

— Oui je crois que je manque beaucoup de confiance en moi.

— En effet mais c'est dommage, vous risquez de passer à côté de choses importantes si vous ne réussissez pas à avoir davantage confiance en vous. Et je vais de suite vous donner l'occasion d'arranger cela. Voilà, j'aimerais vous donner un dialogue à apprendre pour les auditions, il est extrait du scénario. Vous pourriez ainsi vous faire une meilleure idée de ce que j'attends de vous.

— Je vous remercie, il me tarde vraiment de le lire ce scénario. De plus en ce qui concerne les auditions, je crois que je serais totalement incapable d'improviser, alors que je me sentirais sans doute beaucoup plus à l'aise si je connais déjà le texte que je dois jouer. En plus cela me permettra de pouvoir me rendre compte si je me sens capable ou non de me mettre dans la peau du personnage ou plutôt, si le personnage se sent capable de se glisser dans ma peau.

— Oui en effet, je le crois aussi, dit-il en riant. Voici le scénario. J'ai souligné vos répliques dans la scène que j'aimerais que vous appreniez.

— Merci, dis-je en le prenant soigneusement entre mes mains.

— Il y a autre chose dont j'aimerais vous parler, me dit-il alors. En passant dans les classes aujourd'hui, je crois avoir trouvé tout du moins physiquement, le jeune homme qui pourrait vous donner la réplique dans la pièce de théâtre et interpréter le rôle de Roméo. Je lui ai demandé de venir passer l'audition.

— Et il a accepté ?

— Il semblait indécis, j'espère qu'il viendra, sinon peut-être que je retournerais le voir, à moins que je ne trouve ma perle rare pendant les auditions bien sûr.

— Quoi qu'il en soit, je suis sûre que vous la trouverez votre perle rare.

— Oui bien sûr mais on doute toujours, on craint toujours de se tromper.

— Je ne crois pas que vous vous tromperez.

— Et pourquoi cela ?

— Je ne sais pas, j'ai le sentiment que vous ne choisiriez jamais un acteur pour interpréter l'un de vos personnages si vous vous demandez en même temps si vous n'êtes pas en train de vous tromper dans votre choix.

— Oui en effet, si j'ai le sentiment de me tromper, je pense que je continuerais tout simplement à chercher. Bien Mademoiselle, je vous remercie d'avoir accepté ce rendez-vous et je vous avoue qu'il me tarde de vous entendre jouer les répliques du scénario.

— C'est moi qui vous remercie. Je n'arrive pas à croire que vous vouliez me donner ma chance. Quant aux auditions, j'espère que je n'aurais pas trop le trac. Et puis, il me tarde quant à moi de lire le scénario.

— J'espère qu'il vous plaira.

— Je l'espère aussi mais je ne m'inquiète pas trop à ce sujet, je pense que cela sera le cas. Merci beaucoup. Au revoir.

— Au revoir.

Je sortis de l'amphithéâtre, m'éloignai un peu à travers la cour et allai m'asseoir dans l'herbe située à l'autre extrémité de l'endroit où je me trouvais. Je n'arrivais pas à croire que quelqu'un soit en train de m'aider à réaliser l'un de mes rêves éveillés, et surtout, j'étais terrifiée. Terrifiée à l'idée qu'il puisse changer d'avis ; à l'idée qu'il me donne tant d'espoir aujourd'hui pour ne faire que changer d'avis dans quelques temps et en profiter pour détruire toutes mes espérances et un peu de moi-même en même temps. Terrifiée que je ne sois pas à la hauteur ou que cela ne se passe pas comme je l'imaginais. Terrifiée.

Après ces quelques doutes, je tentai de me convaincre que quoi qu'il arrive, cela serait toujours une expérience intéressante, qu'il ne fallait pas que je m'angoisse car je risquais de laisser passer ma chance ou d'abandonner avant même d'avoir essayé, si ma peur se montrait la plus forte. Je savais ce que je risquais mais je n'avais pas encore réussi à devenir certaine que je ne détruirais pas moi-même ma chance, par peur, trop effrayée, trop terrifiée.

Sur cette pensée angoissante je me levai lentement et rentrai chez moi.




# Posté le jeudi 28 décembre 2006 13:06

Modifié le jeudi 11 janvier 2007 11:09